LE VILLAGE DES TANNERIES ET LE TRAVAIL DU CUIR EN NOUVELLE-FRANCE | Historia

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LE VILLAGE DES TANNERIES ET LE TRAVAIL DU CUIR EN NOUVELLE-FRANCE

Cet été, sur le chantier de construction de l'échangeur Turcot à Montréal, les travailleurs et les archéologues du MTQ ont mis au jour les vestiges de l'ancien village des tanneries du quartier Saint-Henri. Or, il y a un peu plus d'une semaine, le ministre des Transports Robert Poëti, la ministre de la Culture et des communications Hélène David et le maire de Montréal Denis Coderre, ont fait l'annonce que ces vestiges du passé montréalais allaient être ensevelis et/ou rasés. Travaux qui ont commencé dès la fin de semaine dernière. Pour comprendre l'intérêt de cette découverte, intéressons-nous un peu à l'histoire du travail du cuir et conséquemment à celle des tanneries en Nouvelle-France.


Photo: Agence QMI

1- Traite des fourrures et travail du cuir


Photo: Jean Talon par Claude François, 1671

Le développement de la colonie de la Nouvelle-France sous Louis XIV et son premier intendant sur place, Jean Talon, impliquait une meilleure mise en marché des peaux et fourrures obtenues par le biais de la traite. C'est afin de préparer les peaux en Nouvelle-France plutôt qu'outre-mer que furent mises en place les premières tanneries à la fin des années 1660 à la Pointe-Lévy et Québec, puis en 1685 à Montréal. Les tanneurs allaient ainsi répondre aux besoins de base en cuir de la population croissante de la colonie.

 
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Que ce soit dans le quartier Saint-Vallier à Québec ou dans l'actuel quartier Saint-Henri à Montréal, les tanneries devaient être installées loin des centres habités en raison des mauvaises odeurs associées à ces lieux et devaient surtout être situées près des cours d'eau, nécessaires pour assurer les trempages et nettoyages des peaux. Le processus pour obtenir un cuir de qualité était en effet relativement long, puisqu'il fallait laisser les peaux tremper, gratter les poils, les nettoyer, les assouplir en les laissant tremper dans une mixture avec de la chaux, parfois de l'urine et de l'huile de baleine, puis nettoyer à nouveau avant de les travailler. Elles devaient ensuite être tannées, en les faisant tremper dans une mixture faite d'écorce, souvent de pruche. Ces cuirs étaient par la suite vendus pour les chaussures, les bottes et les harnais.

La naissance d'une communauté d'artisans à Montréal


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Situées près de la falaise Saint-Jacques et au coin des rues actuelles de Saint-Rémi et Saint-Jacques, les premières tanneries bénéficièrent rapidement d'un marché intéressant lié à la croissance de la colonie et plus précisément de Ville-Marie. C'est ainsi qu'un véritable village de tanneurs spécialisés finit par se développer à l'aube des années 1780, avec une dizaine d'habitations et graduellement des services pour les gens habitant le secteur, comme une chapelle et une petite école, vinrent s'ajouter.


Photo: Saint-Henri des Tanneries

Le creusement du canal Lachine, inauguré en 1825, et la construction du chemin de fer, contribuèrent par la suite à l'industrialisation de ce quartier désormais appelé Saint-Henri des Tanneries (devenu une municipalité officielle en 1875).

Les découvertes archéologiques


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Les archéologues du ministère des Transports du Québec ont pu faire des relevés précis du site et dégager plusieurs artéfacts avant sa destruction la fin de semaine dernière. Ils y ont trouvé des fondations du 18e siècle dans un bon état de conservation, de même que des vestiges de canaux servant à dévier l'eau pour les besoins des tanneurs. Ils ont aussi découvert deux cuves qui servaient probablement au trempage des peaux, avec des poils à l'intérieur. Ces derniers seront analysés afin déterminer quelles peaux d'animaux étaient traitées à cette époque. 

Outils, bouteilles, vaisselle... les objets de ces experts du cuir seront catalogués, étudiés et espérons-le, un jour exposés dans des musées. Mais le contexte archéologique et historique de ce site important de l'histoire de Montréal... vient quant à lui hélas de disparaître. 

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Spécialisée en histoire ancienne, Evelyne Ferron enseigne l’histoire de l’Antiquité à l’Université de Sherbrooke et à l’Université du Québec à Chicoutimi, ainsi que l’histoire générale au Collège Mérici, à Québec. Chroniqueuse-historienne à la radio et intervenante à la télévision sur des sujets historiques très  variés, elle a le nez constamment plongé dans l'actualité  afin de faire des liens entre le passé et aujourd’hui.

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