Jacques Bernier, premier habitant du Cap-Saint-Ignace, Seigneur du fief Saint-Joseph


Les Bernier descendent de deux souches: l'une de Paris, France, et l'autre de Niort, aux Deux-Sèvres, dans le sud de la France. Celui qui nous intéresse aujourd'hui est Jacques Bernier dit Jean de Paris. Pourquoi le surnom de "Jean de Paris", parce qu'il venait de cette ville.

Jacques Bernier est né et a été baptisé à Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, le 16 novembre 1633, fils d'Yves Bernier et de Michelle Treuillet. Ces derniers se sont mariés à la même paroisse en 1631. Ils ont donné naissance à un autre fils nommé Juchereau Bernier. Yves Bernier, père de Jacques, était procureur (aujourd'hui, juge ou avocat) au Parlement de Paris. Parmi les ancêtres de cette prestigieuse famille d'hommes d'état, on retrouve des noms nobles célèbres comme: François Bernier, né en 1487, Seigneur de la Tour, marié à Jeanne de la Cour en 1515; Mathurin Bernier, Seigneur de Boisset, marié à Françoise Breton en 1576; Pierre Bernier, écuyer, marié à Marie de La Roche-Beaucourt en 1641 et un autre Pierre Bernier, aussi procureur au Parlement de Paris, inscrit à l'Armorial le 23 juillet 1700.

Cette hiérarchie d'ancêtres laisse deviner sans aucun doute que Jacques Bernier a hérité d'une éducation et d'une instruction privilégiées avant de venir en Nouvelle-France. Si cet homme prestigieux, doué d'une telle intelligence, eut demeuré en son pays, il serait devenu véritablement une célébrité dans le monde professionnel et libéral.

Par déductions logiques, dues aux événements et relations privilégiées du nouvel arrivant, on peut affirmer que Jacques Bernier fit son entrée au Canada au soir du 13 octobre 1651, avec son protecteur et tuteur le Gouverneur de Québec, Jean De Lauson, à bord du bateau "Le Saint-Joseph" (350 t) dirigé par le Capitaine Jean Boucher. (Eric Fortier signale, sur internet "Planète Québec", que trois bateaux venant de France, sont arrivés le même jour: Le Saint-Joseph, La Vierge et Le Passemoy. Jacques avait alors 18 ans: bien jeune pour s'expatrier. Jean De Lauzon était fonctionnaire au Parlement de Paris. Il connaissait bien la famille Bernier et le potentiel humain de son protégé. Jacques Bernier, mettant le pied sur le sol de la Nouvelle-France, apportait son aristocratie, son érudition, qui lui permettront de se hausser au-dessus de la classe moyenne de ses compatriotes.

Jacques Bernier s'est marié solennellement au Palais du Gouverneur de Québec, le 23 juillet 1656 avec Antoinette Grenier, de Saint-Laurent de Paris. Il avait 23 ans. Un auteur a cité que c'est l'un des seuls mariages qui fut célébré au Château du Gouverneur, avec le curé Jérôme Lalemant qui s'est déplacé avec son rituel coutumier, sans aucune publication officielle des bans de mariage, et le fidèle Denis Ruette d'Auteuil qui a fait le voyage avec Jean de Lauzon et Jacques Bernier. Ils ont été tous les deux témoins au mariage. Signe évident de la considération très spéciale envers ce fils de notable.

Dès son arrivée en Nouvelle-France, il fut confié à une personne de très haut prestige: la Damoiselle Éléonore De Grandmaison, épouse de Jacques Gourdeau, Sieur de Beaulieu (Gr. Peuvret) dans la seigneurie de la Renardière. Ce domaine était situé sur la pointe sud-ouest de l'Ile d'Orléans en face de Québec.

On devine que l'arrivée d'un homme instruit, débrouillard et avec une notoriété célèbre est perçue comme un apport important dans la nouvelle colonie. Jacques Bernier sait lire, compter et écrire. On a eu recours à sa science dans plusieurs domaines: Le 18 février 1679 il réalise l'arpentage de la terre de Michel Isabel, au Cap-Saint-Ignace, et fait l'inventaire de ses biens. (Gr. Duquet): discipline réservée alors aux seuls notaires accrédités pour une telle fonction légale.

Il possédait un bateau pour faire le commerce, un magasin général où tous les paroissiens se regroupaient pour s'approvisionner. Les cérémonies liturgiques se célébraient dans sa maison. Mgr de Laval y est allé à plusieurs reprises pour les confirmations. La paroisse fut érigée canoniquement le 30 octobre 1678.

Résumons: le 3 novembre 1672, l'Intendant Talon concédait, au nom du Roi de France, une seigneurie à Geneviève De Chavigny, fille d'Eléonore de Grandmaison au Cap-Saint-Ignace. Le 6 mars 1673 (et peut-être même depuis le 3 novembre 1672) est la date retenue pour l'installation de Jacques Bernier au Cap-Saint-Ignace (Gr. Rageot) Il a bien fallu s'y rendre pour réaliser l'arpentage, faire acte de propriété et la prise de possession.

Le seigneur du fief Saint-Joseph

Les beaux militaires qui sont venus au Canada y risquer leur vie contre les féroces Iroquois s'étaient partagé les terres de la Nouvelle-France. Jacques Bernier devint aussi seigneur au même titre, mais en méritant ses honneurs avec son ardeur, sa persévérance et son ambition extraordinaires. Il devint seigneur le 15 octobre 1683, à l'âge de 50 ans. Il se portait acquéreur du fief ou de la seigneurie Saint-Joseph dite de la Pointe-aux-foins, située à l'extrémité ouest de la paroisse actuelle du Cap-Saint-Ignace.

Le 3 novembre 1672, l'Intendant Talon concédait à Guillaume Fournier "trente arpents de terre sur deux lieues de profondeur, à prendre sur le fleuve Saint-Laurent, tenant d'un côté au Sieur de l'Espinay (à la Seigneurie de la Rivière-du-Sud) et de l'autre aux terres non concédées. C'est le fief de Saint-Joseph ou de la Pointe-aux-Foins. Ce Guillaume Fournier, venu du village de Coulme, en Normandie, avait épousé à Québec le 21 novembre 1651, Françoise, fille de Guillaume Hébert et d'Hélène Desportes. Il fut un des premiers colons de la Pointe-à-la-Caille. Ne pouvant s'occuper du développement de son fief de la Pointe-aux-Foins, il le vendit à Jacques Bernier.

Le 21 juillet 1713, Jacques Bernier, premier colon du Cap-Saint-Ignace, s'éteignait dans sa 80ème année d'âge. Celui qui aurait pu devenir une célébrité dans son pays quittait cette terre d'adoption pour celle de l'éternité, après avoir donné, avec son épouse Antoinette Grenier la vie à onze enfants. Il repose dans le cimetière du Cap-Saint-Ignace.

Par Cyril Bernier
Saint-Eustache, 25 octobre 2001.