Patronymes Amérindiens
Bien qu'à priori aucun système en particulier ne semble avoir été utilisé, les noms, avant l'avènement de l'évangélisation, étaient apparemment attribués de trois façons. On donnait parfois aux individus un nom de type générique en association avec l'emblème du clan auquel cette personne appartenait. Par exemple, si une personne était la plus âgée du clan de la tortue, son nom pouvait être " vieille tortue ". Bien entendu, ce système d'attribution de noms était effectué dans un contexte bien précis selon une ligne de pensée propre aux peuples concernés. Cette façon de faire persiste toujours chez certaines nations amérindiennes. Une autre coutume voulait qu'on récupère le nom d'un défunt disparu et apprécié pour le donner à quelqu'un d'autre. C'est probablement pour cette raison que le nom de Atironta fut porté par plus d'un chef Huron-Wendat. Les sobriquets étaient aussi très fréquents. Ces sobriquets ou surnoms étaient acquis de diverses façons, soit par affection ou encore par moquerie et dérision. Au moment des premiers contacts avec les Européens, les missionnaires s'empressèrent d'imposer au baptême des noms de saints. Ces noms d'origine française et catholique nouvellement adoptés furent longtempsusités comme prénoms conjointement avec les noms issus de la tradition ancestrale et finirent par pratiquement tous les remplacer vers la fin du XVIIIe siècle et au commencement du XIXe siècle. Ces prénoms, devenus patronymes, constituent désormais une partie considérable du corpus des patronymes amérindiens. Parmi les familles descendantes des amérindiens des missions de culture iroquoienne établies le long du Saint-Laurent, nous avons les Bastien (autrefois Sébastien), les Gros-Louis, les Monique, les Romain, les Vincent et les Zacharie. Bien que certains de ces noms se retrouvent de nos jours uniquement chez les Mohawks, ils sont tous d'origine Huronne-Wendat. Chez les peuples du groupe Waban-aki (Micmac, Malécite et Abénakis), on retrouve les Saint-Aubin (anciennement Wabau), les Bernard (Pelnal), les Denis (Dennis ou Dana), les Laurent (Lolô) et les Paul. Les Algonquins, surtout de "Kitigan-Zibi " (Maniwaki), issus en grande partie des familles de l'ancienne mission sulpicienne d'Oka, ont eux aussi quelques prénoms en guise de patronymes, comme les Henri. De plus, mentionnons le fait que dans certains registres, les prénoms catholiques sont parfois suivis de la mention imprécise de " Sauvage ou Sauvagesse " ou encore tout simplement du nom de la supposée nation de l'individu.
Les alliances entre Amérindiens et personnes de souche européenne expliquent l'origine de plusieurs noms de famille. Les Canadiens français ont transmis des noms tels que Beauvais, Delorimier et Picard. L'orthographe de certains de ces noms d'origine française ce sont parfois transformés, passant par exemple de D'ailleboust en Diabo ou de Mailloux en Mayo ou encore Myiow. Les noms d'origine anglaise tel que Hill, Gill, Stacey, Tarbell, Rice et Delisle proviennent tous de descendants de captifs de la Nouvelle-Angleterre qui épousèrent des Amérindiennes. Le cas des " Mc Comber " est cependant différent. Un certain Jarvis, devenu Gervais McComber d'origine écossaise et de religion protestante fut engagé comme commis dans un magasin de Kahnawake. Il fut baptisé dans la religion catholique et maria une Iroquoise en 1805. Malgré le phénomène d'évangélisation et les mariages interraciaux, il subsiste toujours des noms de la tradition ancestrale que les descendants des Amérindiens des missions ont conservés et utilisent comme patronymes. Les Watsos (Watzo, Wajo) qui signifie " montagne " en langue abénakise, serait selon la tradition d'origine Sokokis un sous-groupe des Waban-aki. Les Panadi (Panadji) d'Odanak ont vu leur nom s'angliciser sous la forme de Benedict. Les Benedicts Mohawk d'Akwesasne sont d'origine abénakise. Les Obomsawins (O'bomsawin, Obumsawin, Abumsawin) dont la traduction grossière ressemblerait à " suivre les traces de " ou encore à " celui qui tient le feu ", ont longtemps eu une apostrophe a la suite du premier O pour donner une allure irandaises à l'orthographe. Les Msadoqui (Msodoqui, Msadoque, Msadogue, Msadokou, Msatoga, Psadoqui, Psatoku, Psadocou, Sadaqui, Sadaque) ou " ceux qui ont de gros postérieurs " tirent probablement l'origine de leur nom aux surnoms que l'on accolait traditionnellement au nom en signe de moquerie. La grande famille Wawanolet (Wawanolett, Wawanoloath) ou " celui qui se met en travers du chemin " ou bien " terre sacrée " a vue son nom se franciser sous la forme de Nolet et Nolette. Les Sioui (Siouï, Tsioui, Tsihéoui, Tsi-8-ei, Tsehaweh) sont les derniers des Hurons-Wendats à posséder un nom issu de leur langue. Tous descendent de Raphaël Tsihéoui Annénorak. Ce sobriquet signifierait " porteurs de lumière " ou " ceux du soleil levant ". Espérons que ces patronymes persisteront encore longtemps et qu'ils ne subiront pas le sort des Nagazoa (Nagazowa, Nagageois, Nagajoa, Nicajowa) d'Odanak, des Hitawaboi de Wôlinak et des Koska de Wendake. Article de Sylvain Rivard, artiste-ethnologue. |