Pierre Miville

(Ancêtre des Miville, Minville, Mainville, Deschênes, etc.)

"Port de La Rochelle", illustration de Barday, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal.

Comme en font foi plusieurs documents, Pierre Miville était surnommé "Le Suisse". Il est identifié clairement comme Suisse dans un contrat de concession accordé par Tracy en 1665. Émigré en France, Pierre Miville a vécu dans la région de La Rochelle qu'il a quittée au milieu du XVIIe siècle pour venir en Nouvelle-France.

Pierre Miville est né vers 1602, si on se fie à l'âge donné dans les recensements. La date et le lieu de son mariage sont encore inconnus. Jetté le situe "vers 1631" à Brouage, en se basant probablement sur la date de naissance de Marie Miville en 1632.

Son épouse, Charlotte Maugis, se disait originaire de Saint-Germain en Saintonge; elle serait née vers 1607, d'après l'âge donné au recensement. Toutefois, à son décès, en 1676, on la disait âgée de 95 ans, ce qui est hautement fantaisiste car elle aurait eu sa dernière fille à 60 ou 61 ans…

Les Miville en Nouvelle-France

Pierre Miville serait arrivé en Nouvelle-France en fin d'août 1649 avec ses six enfants dont l'âge varie de neuf à dix-sept ans, quatre filles et deux garçons : Marie, François, Aimée, Madeleine, Jacques et Suzanne. Il s'agirait d'une des plus nombreuses familles arrivées en Nouvelle-France.

En octobre 1649, Pierre Miville obtient une terre de vingt-six arpents à Québec (près de Bois-de-Coulonge aujourd'hui), une terre de trois arpents de front sur quarante dans la seigneurie de Lauzon et une terre pour son fils François, dans la même seigneurie. Pierre Miville ne conserve sa terre de Québec qu'une seule année puisqu'il la cède à son gendre en octobre 1650. Incidemment, ses quatre filles se sont mariées rapidement, avant même l'âge de 18 ans. : Marie épouse Mathieu Amyot, en 1650. Aimée épouse Robert Giguère et Madeleine épouse Jean Cauchon, en 1652. Suzanne épouse Antoine Paulet en 1655. François se marie seulement en 1660, à 26 ans, et Jacques est toujours chez ses parents à cette époque; il ne se marie qu'à 30 ans, en 1669. Jacques a probablement appuyé son père dans ses activités agricoles

Agriculteurs ou commerçants?

Mais les Miville étaient-ils essentiellement agriculteurs? Pierre Miville est identifié comme menuisier. Jacques est parfois identifié comme charpentier. En 1667, 18 ans après la concession de sa terre de Lauzon, Pierre Miville n'a toujours que 30 arpents en valeur, ce qui n'est pas énorme compte tenu du rythme habituel de défrichement. On peut croire qu'il est probablement occupé à d'autres choses. Entre 1651 et 1654, il acquiert un emplacement à Québec, sur la rue Saint-Louis; il le revend en 1654. Au moment de la vente, on le dit habitant de Lauzon. En 1656, il obtient de Jean Lauzon un emplacement sur la rue Saint-Pierre; entre 1656 et 1667, il y fait construire une maison qu'il conservera jusqu'à son décès.

En 1665, Pierre Miville, ses deux fils et quatre autres Suisses obtiennent une concession de terre dans ce qui est aujourd'hui La Pocatière. Il y a plusieurs aspects particuliers à souligner dans cette concession. C'est Tracy qui leur accorde un domaine de 21 arpents de front sur 40 qu'il désigne sous le nom de "Canton des suisses fribourgeois", ce qui élimine tout doute quant à l'origine ethnique des Miville que l'acte de concession identifie comme "Suisses".

Cette curieuse tentative de colonisation communautaire ne semble avoir eu aucune suite. On ne trouve aucune trace des quatre autres Suisses associés aux Miville. Ils étaient possiblement du régiment de Carignan. Qu'allaient-ils donc faire dans cette région, alors qu'on ne trouvait personne d'établi, à cette époque, en bas de Cap-Saint-Ignace? Si Pierre Miville veut seulement attirer des colons, pourquoi le fait-il dans une région déserte, alors qu'il peut avoir des terres dans la région de Québec, d'autant plus que son fils François est le procureur fiscal du seigneur de Lauzon et qu'il y est lui-même capitaine de milice?

En fait, ces questions s'éclairent si on pose comme hypothèse que Pierre Miville et ses fils se sont adonnés à la traite des fourrures peu après leur arrivée en Nouvelle-France.

La succession de Pierre Miville

 

"Québec", XVIIe siècle, Bibliothèque nationale du Québec

Pierre Miville décède à Lauzon le 14 octobre 1669. Il résidait là depuis qu'il avait été banni de Québec pour avoir tenté, l'arme à la main, de kidnapper un engagé sur un bateau amarré en face de Québec! Le lendemain, il est inhumé à Québec. Peu après, sa veuve et ses deux fils créent une société pour faire la traite des fourrures. Dès l'été suivant cependant, on doit dissoudre cette société et composer avec les créanciers. En effet, les Miville ont acheté des marchandises à crédit, mais, à cause de la mortalité et de la maladie "chez les sauvages", et aussi faute de neige, ils ont connu un hiver désastreux. Cette aventure marque le début de nombreux ennuis pour la famille. À compter de 1670, les dettes commencent à s'accumuler. En 1672, c'est la saisie, par huissier, des propriétés de Lauzon et de Québec. François Miville intervient pour exiger que soit soustraite de la saisie la part des enfants, soit la moitié des biens saisis. Il obtient justice en mai 1673 devant le Conseil souverain.

Pour ajouter aux malheurs de la famille, les créanciers demandent, en 1674, que la veuve Miville soit mise en tutelle, "attendu qu'elle est en démence". C'est François Miville qui devient le tuteur de sa mère. Celle-ci décède le 10 octobre 1676, et aussitôt, les quatre filles de Pierre Miville liquident ce qu'elles avaient reçu en héritage de leur père au profit d'Alexandre Petit, marchand à La Rochelle, tandis que François et Jacques semblent avoir réglé leurs affaires plus tard.

Il reste beaucoup d'incertitudes, de points d'interrogation et de zones grises dans le dossier de nos connaissances sur Pierre Miville. Le regroupement des énergies et des informations au sein de notre association permettra sans doute de combler certaines lacunes et d'expliquer les points obscurs dans la biographie de notre ancêtre.


Gaston Deschênes, Québec
31 août 2002
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Source : Version corrigée d'un texte paru dans Le Fribourgeois, 1, 1 (hiver 1988), p.4-6. Peu après la parution de cet article, Raymond Ouimet publiait Pierre Miville, un ancêtre exceptionnel, aux Éditions du Septentrion.