De la roture à la noblesse : Pierre Boucher et sa descendance Pierre Boucher est le fondateur de la ville de Boucherville (1667). Mais cet événement n'en est qu'un parmi tant d'autres dans la vie de celui-ci. Les nombreux services qu'il a rendus à la colonie canadienne lui valurent même le rare honneur d'être anobli en 1661 par Louis XIV. Voyons les étapes marquantes de sa vie ainsi qu'un rapide portrait de sa descendance. Français originaire de la région du Perche, Pierre Boucher a seulement treize ans lorsqu'il débarque au port de Québec en 1635 en compagnie de sa mère, Nicole Lemer, et de ses frères et surs. Pierre vient y rejoindre son père, Gaspard, installé au pays depuis un an. Aîné de la famille, Pierre s'adapte rapidement à son nouvel environnement et décide de pousser plus loin l'aventure lorsqu'il part, deux ans plus tard, pour la Huronnie en compagnie de jésuites. Son séjour lui permet de se familiariser avec la culture amérindienne. À son retour sur les rives du Saint-Laurent en 1641, il est fait soldat par le gouverneur Charles Huault de Montmagny afin d'agir comme interprète auprès des nations amérindiennes. En 1644, il est commis au fort de Trois-Rivières et seulement quelques années lui suffisent pour s'imposer comme véritable chef du fort. En 1649, le gouverneur de la colonie le nomme capitaine du bourg et en 1654, gouverneur des Trois-Rivières. Les nombreux exploits militaires de Pierre Boucher face aux Iroquois ainsi que ses grandes qualités de diplomate lui permettent d'acquérir le respect des membres de l'administration coloniale. C'est ainsi qu'il devient conseiller du Roy en 1657, une des charges les plus prestigieuses de la colonie. Cet honneur est suivi quatre ans plus tard d'un autre peut-être plus important encore : Pierre Boucher est le deuxième homme vivant dans la colonie canadienne à recevoir des lettres de noblesse. Il fait désormais partie d'un groupe très restreint : seulement onze Canadiens ont été anoblis sous le régime français. La même année, le gouverneur l'investit d'une grande mission : se rendre en France afin d'exposer au roi la situation désespérée de la fragile colonie. Il s'acquitte de sa tâche avec succès puisque son voyage est suivi de l'adoption de plusieurs mesures favorables à la colonie telles que l'envoi du régiment Carignan-Salières et des filles du roi et l'arrivée de l'intendant Jean Talon. À son retour, Pierre Boucher décide de répondre aux nombreuses questions qui lui ont été posées en France en publiant en 1664 : Histoire véritable et naturelle des murs et productions du pays de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada.
En 1667, après une carrière déjà bien remplie, Pierre Boucher s'investit dans un dernier grand projet : développer une seigneurie à la hauteur de ses ambitions, "un lieu en ce pays consacré à Dieu où les gens de bien puissent vivre en repos" . Il s'installe donc avec sa famille sur sa seigneurie des îles Percées (davantage connue sous le nom de Boucherville) où il pourra mettre en pratique le programme de colonisation qu'il avait lui-même proposé à Colbert lors de son passage en France. Les cinquante dernières années de la vie de Pierre Boucher sont consacrées à cet ambitieux projet qui fera de Boucherville "une des plus belles terres et des plus riches de la colonie" . L'homme meurt en 1717, dans son manoir seigneurial, à l'âge respectable de 95 ans. Attardons-nous maintenant à la descendance de cet anobli canadien. Suite à son séjour en Huronnie et constatant les difficultés démographiques de la colonie, Pierre Boucher émet l'idée de développer une colonie solide en favorisant les alliances matrimoniales entre les colons français et les Amérindiennes. C'est dans cet esprit qu'il épouse en 1649, Marie-Madeleine Chrestienne, une Huronne. Malheureusement, Marie-Madeleine et Jacques, le seul enfant né de cette union, meurent tous deux très rapidement. En secondes noces, Pierre Boucher épouse une compatriote, Jeanne Crevier. Le mariage est célébré à Québec à l'été 1652. Quinze enfants naissent de cette union et de ce nombre, un seul n'atteint pas l'âge adulte. Grâce à l'anoblissement de leur père en 1661, tous les enfants de Pierre Boucher sont nobles. Devenus adultes, ils épousent des gens issus de l'élite coloniale. Plusieurs parmi ces familles alliées sont nobles : les Denys de la Trinité, les Gaultier de Varennes, les Margane de Lavaltrie, les Legardeur de Tilly, les Godefroy de St-Paul, les Daneau de Muy, les Sabrevois de Sermonville et les Hertel. À l'instar des autres nobles de la colonie, plusieurs descendants de Pierre Boucher deviennent officier militaire et se distinguent par leurs actions d'éclat lors des guerres dont la colonie est souvent le théâtre. Autant les alliances matrimoniales réussies que les choix socioprofessionnels calqués sur ceux de la noblesse ont permis à la descendance de Pierre Boucher de s'intégrer parfaitement à l'élite de la colonie.
Pierre Boucher est certainement un homme au destin hors du commun. Fils d'un menuisier, il parvient, moins de trente ans après son arrivée en terre canadienne, à s'intégrer parfaitement à l'élite coloniale. Sa personnalité autant que ses actions lui ont permis de se tailler une place unique dans l'histoire canadienne. Article de Isabelle Tanguay, doctorante en histoire à l'Université de Montréal Une liste exhaustive de la descendance de Pierre Boucher est disponible dans Isabelle Tanguay, Destin social d'une famille noble canadienne : les Boucher et leurs alliés (1667-1863), Mémoire de M.A. (Histoire), Université de Montréal, 2000, p.xiv-xxxii (Annexe I). |