Le
régiment de Carignan-Salières et le peuplement de la Nouvelle-France
Quand, en 1668, le régiment regagne la France, il est amputé du tiers de ses effectifs. - Nous excluons ici les soldats venus avec Tracy la même année et qui n'étaient pas de Carignan-Salières. - En effet, 347 officiers et soldats de Carignan-Salière demeurent au pays. Bon nombre d'entre eux sont déjà mariés. Mentionnons en particulier les officiers suivant : Antoine Pécaudy de Contrecur, René Gauthier de Varenne, Sidrac-Michel Dugué de Boisbriant, Roch Thoery de Lormeau, Pierre de Saint-Ours, Pierre de Saurel, François Jarret de Verchères. D'autres officiers, comme François Pollet de Lacombe Pocatière, Pierre Bécard de Grandville, Paul Dupuis, Thomas Tarieu de Lanaudière, Philippe Carion sieur Dufresnoy se marient après le départ du régiment. Un nombre considérable de soldats les auront imités avant le départ du régiment. En réalité, pas moins de 50 soldats seront déjà mariés quand le régiment quitte en octobre 1668 et au moins 150 se marieront par la suite. Qui peut dire, combien de Québécois et de Québécoises descendent aujourd'hui des soldats de Carignan-Salières ? Personne. En effet, il faudrait réaliser une étude très poussée pour donner une réponse valable à cette question. Toutefois, certains, sans preuve aucune et sans sourciller, avancent des chiffres qui ne sont guère réalistes. À titre d'exemple, mentionnons qu'en 1996, le délégué général du Québec à Paris, s'est rendu en Savoie pour apposer une plaque à Fort Barraux. Sur cette plaque entièrement fausse, nous pouvons lire : " En garnison à Fort-Barraux, le régiment Franco-Savoyard de Carignan infanterie fit campagne au Québec de 1665 à 1669. Quelque 420 officiers et soldats firent souche. Leurs descendants outre-Atlantique sont actuellement 700 000. " En réalité, des 347 officiers et soldats de Carignan-Salières demeurés au pays, 35 n'ont pu être identifiés de façon certaine : nous ne connaissons que leur surnom. Sur les 312 identifiés, 229 se sont mariés et 83 sont demeurés célibataires. Sur les 229 qui se sont mariés, 50 n'ont pas eu de descendant. Il n'en reste plus que 179 qui ont eu des descendants au pays. Où se sont-ils établis ? La plupart ont fait souche là où leur capitaine détenait une seigneurie. C'est ainsi que nous en retrouvons à Chambly, Saint-Ours, Sorel, Varennes, Contrecur, Laprairie, Montréal, Pointe-aux-Trembles de Montréal, Trois-Rivières, Cap-de-La-Madeleine, Champlain, Louiseville, Nicolet, Sainte-Anne-de-la-Pérade, Québec, Charlesbourg, Saint-Augustin, Neuville et l'Île d'Orléans. Combien ont-ils eu de descendants ? Impossible de le dire. Mais, il faut savoir qu'en 1996, à partir de la liste des nouveaux-nés, on a dressé une liste des mille familles dont le nom est le plus répandu au Québec. Parmi les cent premières familles, nous n'en relevons que neuf dont le nom ou le surnom pourrait être issu d'un soldat de Carignan, ce sont Roy, Gauthier, Leblanc, Lapointe, Desjardins, Champagne, Allard, Lafontaine et Lamontagne. Mais encore faut-il savoir que les Roy qui arrivent au quatrième rang parmi les familles les plus nombreuses ne comptent pas moins de 26 souches différentes dont seulement trois venant de Carignan. Même phénomène chez les Gauthier qui arrivent au septième rang. Il y a au moins douze ancêtres de ce nom qui ont fait souche au pays et seulement deux étaient de Carignan-Salières. Le même phénomène survient pour les Leblanc, les Lapointe, les Desjardins, les Champagne, les Allard, les Lafontaine et les Lamontagne. Parmi les 400 familles suivantes qui ont le plus de descendants au Québec, nous ne relevons qu'une quinzaine de noms qui ont comme auteur un soldat de Carignan-Salières : Allard, Bazinet, Brochu, Collin, Deslauriers, Dumont, Francoeur, Genet, Julien, Lajeunesse, Lamarche, Laplante, Poirier, Renaud et Vigneault. Quand on sait qu'une fois encore, parmi ces patronymes, plusieurs furent portés par des ancêtres qui n'étaient pas de Carignan-Salières, il faut convenir que l'apport de ce régiment au peuplement de la Nouvelle-France s'avère plus mince qu'on le supposait Mais qu'importe, ce régiment a quand même contribué de façon importante au peuplement puisque en plus des noms que nous venons de relever nous retrouvons parmi ces soldats des patronymes bien connus comme :
Combien ces soldats ont-ils laissés de descendants et descendantes chez nous? Nul ne peut le dire. Quoiqu'il en soit, ce qui importe avant tout c'est qu'ils ont contribué de façon notoire au peuplement du Québec. Michel Langlois, généalogiste |