Frontenac
et le patronage Dès son arrivée en Nouvelle-France, le gouverneur Frontenac s'intéresse au commerce des fourrures et, bien que le dessein du ministre Colbert soit de consolider la colonie dans la vallée du Saint-Laurent, lui souhaite au contraire créer un vaste empire de traite qui s'étendrait à toute l'Amérique du Nord. Sans en informer le ministre Colbert ni demander son autorisation, il établit un poste de traite dans l'Ouest, sur les rives du lac Ontario, qu'il nomme le fort Frontenac. Les marchands de Montréal sont outrés d'une telle initiative, car ils craignent que ce poste nuise à leur propre commerce. Au fil des ans, la situation s'envenime tant et si bien que la traite des fourrures se divise en deux factions rivales. D'un côté on retrouve Frontenac et ses associés, de l'autre les marchands de Montréal avec à leur tête le gouverneur particulier François-Marie Perrot. Entre-temps, le ministre Colbert, inquiet de voir des jeunes hommes quitter lavallée laurentienne et partir vers l'Ouest, incite Frontenac à émettre une ordonnance pour restreindre le commerce des fourrures et encourager le peuplement de la Nouvelle-France. C'est ainsi que de 1676 à 1679, la course des bois est interdite. Puis en 1681, il met sur pied un système de congés qui, en principe, permet à seulement 25 personnes d'obtenir un permis pour aller fairela traite dans l'Ouest. Bien souvent,
ces congés de traite sont remis aux institutions religieuses qui,
elles, les vendent ensuite aux marchands. De cette manière, l'État
subventionne les Frontenac est pour sa part accusé de donner des congés de traite uniquement à ceux qui travaillent pour lui. Il profite également de son titre de gouverneur pour envoyer, sous prétexte d'opérations militaires, ses amis et associés faire la traite dans l'Ouest. Le budget militaire passe d'ailleurs de 75 000 livres à 200 000 livres en deux ans sans que rien d'extraordinaire ne soit accompli. Il faut bien dire que Frontenac ne se soucie pas du tout de la politique du ministre Colbert. D'ailleurs le commerce des fourrures n'a jamais connu un si grand essor que sous son régime. Frontenac va même jusqu'à défier les ordres du roi qui sont de réduire la quantité des peaux de castors en envoyant des contingents chargés de marchandises de traite dans l'Ouest. Mais, il
n'y a pas que Frontenac qui désobéit à l'autorité
royale, beaucoup d'hommes partent dans l'Ouest sans avoir obtenu un congé
de traite, défiant ainsi les ordonnances tant et si bien que, pour
les inciter à revenir dans la vallée laurentienne, les autorités
coloniales doivent de temps àautre accorder une amnistie générale
afin que ces hors-la-loi en rentrant au bercail y apportent leurs fourrures
plutôt d'aller les vendre chez les Anglais.
Eccles, W.J., "Buade de Frontenac et de Palluau", ictionnaire biographique du Canada, volume premier, Québec, Les presses de l'Université Laval, 1967, p. 137-146. Eccles, W.J., Frontenac, Montréal, HMH ,1962. Illustrations :
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