Champlain et ses compagnons dans une expédition d'hiver (détail)Les hivernants


Le climat est rude en Nouvelle-France et les tentatives pour s'y établir se sont toutes soldées par un échec. Très peu d'hommes ont survécu à l'hiver de Tadoussac de 1599, ni à celui de l'Acadie de 1604 et pourtant Champlain s'obstine à vouloir fonder un établissement permanent dans ce pays de neige et de glace.

En 1608, il s'installe à Québec avec vingt-sept hommes qu'on appelle les hivernants. Les hivernants ne sont pas venus en Amérique pour y rester définitivement. Ils travaillent pour une compagnie de traite et comptent bien retourner chez eux à échéance de leur contrat. La majorité d'entre eux, hélas, ne reverront jamais leur famille. L'hiver leur sera funeste.

Champlain a pourtant pris soin d'amasser des vivres et de Champlain et ses compagnons dans une expédition d'hiver (détail)construire une habitation, un petit fort en bois à deux étages, avec trois bâtiments principaux collés les uns aux autres. Mais rien n'y fait, les périodes de grand froid sont impardonnables. Certains racontent même qu'au petit matin, la couverture est remplie de petits glaçons à cause de la condensation de l'haleine, et l'eau qui se trouve dans les bacs de bois à l'intérieur de l'habitation est complètement gelée.

Malgré les vivres et le relatif confort de l'habitation, le premier hiver de Champlain s'avère très difficile. Il commence à neiger très tôt, le 18 novembre. Dès le mois de février, le scorbut frappe les hommes de plein fouet et fait treize victimes, la dysenterie sept autres si bien qu'en juin 1609, il ne reste plus que huit survivants.

Champlain est pris au dépourvu. Il ignore comment combattre le scorbut, aussi nommé mal-de-terre. Il sait bien qu'au cours de l'hiver 1535, Jacques Cartier avait reçu un remède des Amérindiens, mais au fil du temps la recette s'est perdue et le scorbut redevient un véritable fléau. Les hivernants le contractent les uns après les autres.

Le mal se manifeste d'abord par une grande fatigue, puis les jambes enflent, noircissent et c'est le corps entier qui se décompose. Champlain rapporte que la bouche des malades est remplie de lambeaux de chair en putréfaction qui les empêchent de manger quoi que ce soit. Il dit également qu'il peut enlever leurs dents en tirant simplement avec les doigts sans causer aucune douleur.

Champlain et ses compagnons dans une expédition d'hiver (détail)S'ils veulent survivre à l'hiver, les Français comprennent qu'ils doivent observer et imiter les Amérindiens. Aussi creusent-ils des fosses pour préserver le maïs, les fruits et les légumes. Ils se couvrent d'un manteau de fourrure et d'un casque de poils, marchent avec des raquettes et vont à la chasse et à la pêche. Ce nouveau mode de vie les aide beaucoup à s'acclimater au pays et à vaincre la saison hivernale.

La rigueur de l'hiver faisait planer le doute sur la fondation d'une colonie au nord du 40ème parallèle. Les hivers de 1610 et 1611 ne font aucune victime si bien que Champlain peut maintenant se réjouir. On comprend que c'est la pauvreté de l'alimentation qui tue et non le froid. En se nourrissant de viande fraîche, de fruits et de légumes, on évite la maladie.

Petit à petit, les hivernants apprivoisent cette terre du bout du monde. Pour l'instant, Québec n'est qu'un comptoir et personne ne veut réellement s'y établir. Il faut attendre la venue de Louis Hébert et de son épouse en 1617 pour que Québec devienne une véritable colonie.

 

Bibliographie :

  • Trudel, Marcel, Histoire de la Nouvelle-France, volume I, Le comptoir, 1604-1627, Montréal, Fides, 1966.
  • Sulte, Benjamin, Habitants versus hivernants.

Illustration :

  • Champlain et ses compagnons dans un expédition d'hiver, Suzor Côté, Bibliothèque nationale du Québec.