En tant que propriétaire terrien, le seigneur a droit à
certains honneurs. Il a, par exemple, le privilège d'occuper le
meilleur banc de l'église. Il est aussi le premier à recevoir
la bénédiction, le pain bénit, les cierges et les
rameaux. Ses censitaires doivent, quant à eux, lui verser des rentes
qui varient selon le nombre d'arpents qu'ils ont, lui payer un droit de
mouture, de pêche, des lods de vente et ainsi de suite. Le seigneur
ne peut cependant pas augmenter les droits à sa guise, car il est
tenu de se limiter à ce qui a été déterminé
lors de la signature du contrat.
Dès
que le seigneur concède un arrière-fief, il s'attend à
recevoir des honneurs civils de son vassal comme l'acte de foi et hommage.
Au cours d'un cérémonial, le vassal doit se rendre au manoir
seigneurial et, après avoir enlever ses armes et mis genou en terre,
il se déclare le vassal du seigneur. De son côté le
seigneur accomplit le même rituel devant le gouverneur. Il se proclame
fidèle vassal du roi et lui promet de remplir toutes ses obligations.
Ces cérémonies
se déroulent habituellement sans encombre, mais on retrouve quelques
exceptions. Ainsi en est-il du seigneur Robert Giffard qui éprouve
quelques difficultés avec les arrières-fiefs concédés
à Jean Guyon et Zacharie Cloutier. Ceux-ci se refusent à
se soumettre à l'autorité de leur seigneur et bien qu'ils
aient été rappelés à l'ordre plusieurs fois,
ils ne veulent surtout pas s'agenouiller devant lui pour lui prêter
foi et hommage.
Robert
Giffard doit donc en recourir augouverneur qui envoie aux deux récalcitrants
sommation sur sommation. Ce n'est qu'à la troisième que
Cloutier et Guyon finissent enfin par s'exécuter et se rendent
au manoir. Mais avant de prêter foi et hommage, ils s'assurent que
Robert Giffard n'est pas chez lui, car la loi les autorise à rendre
hommage au seigneur en son absence si, après avoir frappé
trois fois, il n'y a aucune réponse. Ainsi ont-ils plié
genou et rendu foi et hommage devant un domestique de Giffard. Voici comment
les choses se sont passées pour Jean Guyon :
Procès-verbal
de la prestation d'une foi et hommage en l'absence du suzerain (arrière-fief
du Buisson, concédé à Jean Guyon)
En
la présence et compagnie de Guillaume Tronquet, commis au Greffe
et tabellionage de Québec, en la Nouvelle-France,
Jean Guion, habitant de la Nouvelle-France, demeurant en sa maison du
Buisson,
S'est transporté en la maison Seigneuriale de Beauport et à
la principale porte et entrée de la dite maison,
Où estant le dit Guion aurait frappé et serait survenu François
Boullé, fermier du seigneur de Beauport, auquel le dit Guion aurait
demandé si le dit Seigneur de Beauport était en sa maison
seigneuriale de Beauport ou personne ayant pour lui charge de recevoir
les vassaulx à foy et hommage;
A quoy le dit Boullé auroit faict response que le dit Seigneur
n'y estait pas, et qu'il avoit
charge de luy pour recevoir les vassaulx à foy et hommage
Après laquelle response et à la principale porte, le dit
Guion s'est mis un genouil en terre, nud teste, sans épée
ni esperons et a dit par trois fois ces mots:"Monsieur de Beauport,
Monsieur de Beauport, Monsieur de Beauport, je vous faict et porte la
foy et hommage que je suis tenu de vous faire et porter, à cause
de mon fief Du Buisson duquel je suis homme de foy relevant de votre Seigneurie
de Beauport, vous déclarant que je vous offre payer les droits
seigneuriaux et féodaux quand deubs seront, vous requérant
me recevoir à la dite foy et hommage."
(Signé) Troquet
Bibliographie :
Trudel,
Marcel, Le régime seigneurial, La société
historique du Canada, brochure no 6, Ottawa, 1956. Trudel, Marcel, Les débuts du régime seigneurial
au Canada, Fides, Montréal, 1974.