Les premières maisons de la Nouvelle-France

Un grand nombre d'immigrants qui débarquent en Nouvelle-France viennent du Perche, petite région située au sud de la Basse Normandie. Ils arrivent avec leur savoir-faire et construisent des maisons semblables à celles de leur pays : plan rectangulaire, cheminées posées dans les pignons, pentes du toit inclinées selon un angle de 45° à 55°, asymétrie des ouvertures et ainsi de suite. De cette manière, ils influencent fortement l'architecture de la colonie.

Les premières habitations sont pour la plupart bâties en bois. Ce matériau résiste bien au froid, mais représente un constant danger d'incendie. En 1727, l'intendant Dupuy interdit d'ailleurs que les citadins recouvrent leurs demeures avec du bardeau. On espère donc parer au feu en construisant des maisons de pierre comme celles que l'on retrouve en France. Ce type d'habitations ne convient cependant pas au climat local : la pierre est conductrice du froid et dès les premiers gels, le mortier qui la soude s'effrite. De plus, la demeure repose directement sur le sol et s'ébranle lors du dégel printanier.

Afin de remédier à ce problème, on met au point un nouveau mortier, pouvant résister autant au froid qu'à la chaleur. On édifie également un soubassement de pierre, plus large que la superficie de la bâtisse, appelé solage. Deux opérations sont ensuite nécessaires pour se protéger des hivers rigoureux : le renchaussage et la gasparde. Le renchaussage consiste à entourer le solage de paille et de terre tandis que la gasparde désigne le revêtement des murs intérieur avec un plâtre ou un crépis à base de glaise.

Ces premières demeures sont généralement assez petites et, par conséquent, plus faciles à chauffer. Elles ont habituellement six mètres sur huit. Celle d'un dénommé Michel Peltier, par exemple, mesure huit mètres de long sur cinq mètres de large. La profondeur est habituellement déterminée par la portée des poutres. Lorsque la famille s'agrandit, on ajoute une rallonge à l'une des extrémités.

Les maisons comportent toutes un grenier auquel on accède par une échelle ou un petit escalier et ont au moins deux cheminées, une ne suffisant pas à se garder au chaud pendant l'hiver. Le four à pain est d'ailleurs juxtaposé à l'âtre, car le climat est trop rigoureux pour qu'on puisse le mettre à l'extérieur comme on le faisait au Perche. Aussi veille-t-on à ce qu'il n'y ait aucune fenêtre du côté nord-est, celles qui se trouvent à l'ouest et au sud sont, quant à elles, recouvertes de parchemin huilé.

L'intérieur des maisons se résume souvent à une seule pièce qui sert à la fois de cuisine, de salle de séjour et de chambre à coucher. Il y a toujours une large cheminée avec un foyer de pierres plates au-dessous duquel on retrouve la batterie de cuisine. Le mobilier, quant à lui, est très simple. Il comporte une table, cinq ou six chaises, quelques coffres, une huche à pain et un lit "cabane" fermé de portes ou de rideaux. Le lit garni, avec rideaux surmonté d'un baldaquin et matelas, traversins ou oreillers de plume ne se rencontre que chez les habitants à l'aise. Ainsi toute la famille vit-elle dans cette unique pièce où on dort, on mange, on travaille et on s'amuse.

Bibliographie :

Douville, Raymond et Casanova, Jacques-Donat, La vie quotidienne en Nouvelle-France. Le Canada, de Champlain à Montclam, Hachette, Paris, 1982.]
Lachance, André, Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France, Libre Expression, Montréal, 2000.
Robitaille, André, Habiter en Nouvelle-France 1534-1648, Publications MNH, Beauport, 1996.
Trudel, Marcel, Mythe et réalités de l'histoire du Québec, HMH, Montréal, 2001.

Illustrations :

Photographies : Fonds Robert Prévost, Société généalogique canadienne-française.