Les Seigneuries de la Nouvelle-France
Mais avant de concéder des terres, il faut les diviser et le fleuve Saint-Laurent se présente comme une séparation naturelle. Étant donné qu'il est la seule voie de communication pour se rendre d'un bout à l'autre du pays, chacun veut y avoir accès. Les seigneuries se divisent donc en une série de bandes étroites, partant des rives du fleuve pour s'enfoncer profondément à l'intérieur des terres. La vallée du Saint-Laurent se découpe uniformément, selon une orientation nord-ouest sud-est. Il ne faut
cependant pas croire que ces concessions, en forme de rectangleallongé,
sont toutes de la même dimension. Elles varient selon lesmérites
ou l'influence du On retrouve à l'intérieur d'une seigneurie la même division des terres que pour l'ensemble de l'aire seigneuriale. Elle est donc constituée d'un ensemble de bandes étroites, perpendiculaires au fleuve. La partie la plus importante est bien sûr le domaine personnel du seigneur. Non loin de là, se situe habituellement la terre de la Fabrique où on construit une église etun presbytère. D'ordinaire le seigneur réserve un terrain pour que les habitants puissent y faire paître leurs animaux, qu'on appelle la Commune. Ensuite, on retrouve les terres concédées aux habitants, appelées rotures. Il ne faut pas oublier que ces terres sont des concessions, ce qui veut dire que le seigneur conserve sur elles son droit de propriété. La seigneurie ne compte généralement aucun village, car on souhaite que la majorité du territoire soit mise en culture. Le manque d'artisans se fait rapidement ressentir et cinq ou six villages ou bourgs voient le jour, un des plus gros étant celui de Fargy dont le recensement de 1663 compte environ 63 personnes. Le village est habituellement entouré d'une palissade et contient une église, un marché public, un cimetière et un moulin à farine. Théoriquement, le seigneur doit concéder une terre à tous les habitants qui en font la demande et construire sur son fief un moulin à blé. En pratique, celui-ci n'est élevé que lorsqu'il y a suffisamment de monde pour en assurer la rentabilité. Le censitaire va alors y moudre son grain et paie un droit de mouture. Le seigneur qui concède une terre s'attend à recevoir des droits onéreux comme un loyer annuel (les cens et les rentes) et la "taxe" (les lods et ventes) si l'habitant vend sa terre. Il détient aussi un droit de corvée qui lui permet de réclamer des journées de travail à son censitaire.
Si dans les premiers temps, le régime seigneurial fournit des conditions d'entraide qui favorisent le développement de la colonie, il devient peu à peu un obstacle au progrès général du pays. L'habitant est complètement dépendant du seigneur. Il est obligé lui de payer une rente et sa terre est soumise à son contrôle s'il veut la vendre. Le régime seigneurial n'est aboli qu'en 1854, ce qui brime pendant un certain temps l'évolution économique de la colonie, puisqu'il entrave la mobilité foncière et le développement du capitalisme.
Illustrations : Vue du château Lemoyne à Longueuil, Société historique et culturelle du Marigot
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