Les danses amérindiennes qui accompagnent les fêtes (détail)Les religions traditionnelles amérindiennes

À leur arrivée en Nouvelle-France, les Européens supposent que les " Sauvages " n'ont aucune religion. Ils ne voient pas comment la foi peut s'exprimer sans temple ni clergé. Il leur faut du temps pour comprendre que les Amérindiens ont bel et bien une vie spirituelle qui intervient dans presque toutes leurs activités quotidiennes et que chacun de leurs geste 'inscrit dans la logique d'un monde sacré.

Les Amérindiens se soucient d'être en harmonie avec les forces de l'au-delà. La manière, par exemple, dont ils se déplacent dans les maisons circulaires n'est pas anodine. Ils suivent le mouvement du soleil et vont toujours de gauche à droite.

Pour les peuples autochtones, il n'y a pas de scission entre le matériel et le spirituel. Le Grand Esprit habite aussi bien les êtres et les animaux que certains objets.Les danses amérindiennes qui accompagnent les fêtes (détail) La plupart des langues amérindiennes de Nouvelle-France sont d'ailleurs construites non pas sur la distinction entre le masculin et le féminin, mais entre ce qui est habité par l'esprit et ce qui ne l'est pas.

L'homme ne possède pas la terre ; c'est elle qui le possède et de ce fait il ne se sent pas supérieur aux autres créatures. Un chasseur qui part en forêt éprouve un grand respect pour l'animal qu'il tue ; une série de rituels précèdent et suivent cet acte.

Les rêves sont aussi très importants puisqu'ils permettent de savoir si une chasse sera bonne ou non. Ils ont un rôle primordial dans la culture amérindienne. En plus de rédire le résultat d'une chasse, ils indiquent comment soigner un malade ou l'attitude à adopter dans différentes situations. Chaque année, on organise une fête dédiée aux songes ; elle permet de se laisser aller à toutes sortes d'excentricités pendant quinze jours. Les rêves ont une valeur prémonitoire et il essentiel de bien les interpréter. Si on ne parvient pas à les comprendre, on consulte le chaman, aussi appelé sorcier ou jongleur.

Le chaman sert d'intermédiaire entre les hommes et les esprits. Il n'interprète pas seulement les rêves, il est aussi voyant et guérisseur. La plupart des Amérindiens savent utiliser les plantes médicinales, mais dans le cas d'une maladie grave ils recourent au chaman. Lui seul peut savoir pourquoi un mauvais génie s'est emparé du corps de quelqu'un. Le chaman ne pratique pas la chirurgie et condamne les saignées des Européens. Il a dans sa trousse une pierre de forme ovale, cinq petits bâtons de cèdre, divers sachets de plantes et un tambour dans lequel il recueille l'esprit du malade et conjure le mauvais génie. Dans certaine tribu, on euthanasie ceux dont le cas est désespéré.

Les danses amérindiennes qui accompagnent les fêtesLorsqu'un proche décède, on dit qu'il poursuit sa vie dans l'au-delà. L'existence au pays des morts est sensiblement la même qu'ici-bas, on cultive, on cueille et on chasse à l'aide des objets avec lesquelles on a été inhumé. Les vivants, par leur générosité, assurent un bon passage au pays des âmes. Un manquement au rituel funéraire peut faire avorter le voyage ; l'esprit du défunt erre alors dans le village causant ruine et maladie.

Pour les Amérindiens, l'âme se dédouble pour se rattacher soit à la tête, soit aux os. L'âme cérébrale s'envole vers une région mythique tandis que l'autre demeure avec le corps. C'est pourquoi un grand soin est apporté aux dépouilles ; on les enveloppe dans une peau d'animal peinte, puis on les ensevelit dans un fosse commune. Le déplacement du village donne lieu à la fête des Morts. On exhume alors tous les corps, on enlève la peau et on transporte tous les ossements dans la fosse du nouveau village. C'est un moyen de maintenir l'union de la communauté dans l'au-delà.

Avec la venue des missionnaires, beaucoup de croyances chrétiennes se sont greffées à celles des Amérindiens. Les Montagnais, par exemple, se sont approprié la figure de Sainte-Anne en la confondant à leur déesse mère. Ils intègrent aussi la musique et les prières des jésuites à leurs chants incantatoires et mettent toute leur énergie non pas à comprendre les paroles, mais à les prononcer correctement. Pour eux, le résultat dépend uniquement de la formulation. Ne pas bien dire les mots entraîne un désastre.

Bibliographie :

  • Beaulieu, Alain, Convertir les fils de Caïn, Jésuites et amérindiens nomades en Nouvelle-France, 1632-1642, Nuit blanche Éditeur, 1990
  • Douville, R. et Casanova, J.-D., La vie quotidienne des Indiens du Canada à l'époque de la colonisation française, Hachette, 1967.
  • Trigger, Bruce, Les enfants d'Aataentsic L'histoire du peuple huron, Éditons Libre Expression, Montréal, 1991

Illustrations :

  • " Les danses amérindiennes qui accompagnent les fêtes, image de Théodore de Bry, inspirée de White, Bibliothèque nationale du Québec
  • " Jongleur iroquois ", J. Grasset de Saint-Sauveur, 1797, Archives nationales du Canada, C-3162