La bataille du Long-Sault


Dollard des Ormeaux : héros ou bandit ? La question a soulevé beaucoup d'émoi parmi les historiens. Certains croient que Dollard a sauvé la Nouvelle-France d'une destruction assurée tandis que d'autres le considèrent simplement comme un homme vil et fourbe. Mais qu'en est-il réellement ? Pourquoi et comment a eu lieu la bataille du Long-Sault ?

En 1659, suite aux pressions exercées sur eux par les Iroquois, les Algonquins ne se présentent pas à la foire annuelle de Ville-Marie , ce qui provoque une carence de fourrures et un manque de fonds dans la petite colonie. Adam Dollard des Ormeaux, jeune homme apprécié de ses supérieurs et concitoyens, commandant de la garnison, décide de remédier à la situation en tendant un piège aux Iroquois. Il veut aller s'embusquer au pied du Long Sault de l'Outaouais et surprendre ceux qui reviennent de la chasse aux Grands Lacs avec une quantité de peaux. Son dessein est de les abattre pour ensuite s'emparer de leurs fourrures. Le gouverneur Chomedey de Maisonneuve approuve ce plan.

Le 19 avril 1660, Dollard des Ormeaux prend donc la tête d'une expédition de 17 hommes, à laquelle se joignent une quarantaine de Hurons et six Algonquins. La troupe voyage de nuit, elle se rend au Long-Sault. Le 1er mai, elle s'installe dans un fort abandonné par les Algonquins. Dès le lendemain, deux canots portant 15 Iroquois apparaissent. Aussitôt, on se met en joue et on tire. Treize hommes sont tués, mais deux réussissent à s'enfuir.

Les recrues de Dollard des Ormeaux restent en place, s'attendant à voirsurgir quelques bandes éparses d'Iroquois. Aussi, la surprise est-elle de taille quand ils voient arriver une armée d'environ 200 Iroquois venue pour chasser définitivement les Français de l'île de Montréal. Sans plus tarder, le groupe de Dollard se réfugie à l'intérieur du fort et la fusillade éclate de part et d'autre.

Même si les Français et leurs alliés n'avaient pas prévu une telle rencontre, ils réussissent à monter l'assaut et font un bon nombre de victimes. Des Hurons vont d'ailleurs couper la tête d'un capitaine ennemi et l'érigent comme un trophée sur la palissade, ce qui déclanche la colère des Iroquois qui s'empressent d'aller chercher du secours auprès des 500 Agniers avec qui ils avaient rendez-vous dans les îles du Richelieu pour attaquer la colonie.

Les renforts iroquois prennent sept jours à arriver. Entre-temps, les Français ne peuvent pas mettre le pied hors du fort sans être la cible des coups de feu et bientôt, ils sont très affaiblis, car l'eau et la nourriture viennent à manquer. Lorsque les 500 guerriers arrivent du Richelieu, le combat est déjà perdu pour Dollard et ses compagnons.
Se voyant piégés, les Hurons décident d'entamer des pourparlers avec l'ennemi et 24 ou 30 d'entre eux passent dans l'autre camp. Croyant que la troupe entière est prête à déposer les armes, quelques Iroquois s'approchent du fort. Mais les Français inquiets ouvrent le feu et tuent les délégués. Il n'en faut pas plus pour attiser la haine des Iroquois qui se ruent contre la palissade.

Affolés, les Français démontent deux canons de pistolet pour s'en servir comme grenade. Le résultat n'étant pas concluant, ils songent alors à utiliser un baril de poudre, mais en le jetant par-dessus la palissade, celui-ci heurte une branche et retombe à l'intérieur du fort. L'explosion qui s'en suit est catastrophique. Les Iroquois profitent de la situation pour s'approcher et tirer depuis les meurtrières sur tout ce qui bougent à l'intérieur du fort. Plusieurs des combattants français sont tués. Lorsque les Iroquois pénètrent dans le fort, ils ne restaient que 5 Français et 4 Hurons.

Les obstacles que les Iroquois ont rencontrés sur leur route ont empêché l'invasion de la Nouvelle-France. Dollard des Ormeaux et ses compagnons ont donc momentanément détourné de son objectif l'armée iroquoise. Leur mort ne fut donc pas vaine. D'autant plus que tous ces événements ont permis à Radisson et Des Groseillers de parvenir à Montréal avec une cargaison de fourrures évaluée à 200 000 livres et à un groupe d'Outaouais de venir échanger leurs castors à Montréal.

Mais les Iroquois ne s'en tiennent pas là. Ils sont tenaces et à l'automne 1660, mettent sur pied une armée de 600 hommes, bien décidés à éradiquer la Nouvelle-France. En cours de route, le chef de l'expédition trouve la mort dans un malencontreux accident. Croyant à de mauvais augures, la troupe se disperse. En 1661, les Iroquois reviennent cependant semer la terreur, tuant plus de 100 Français.

Bibliographie :

  • Vachon, André, "Dollard des Ormeaux", Dictionnaire biographique du Canada, volume premier, Les Presses de l'Université Laval, 1967, p. 274-282.

Illustrations :

  • Dollar des Ormeaux, Musée Stewart au Fort, Île Ste-Hélène, 970.2136.1
  • Combat du Long Sault, Archives nationales du Canada, C-007695
  • Attaque du Long Sault, de Lagacé, Musée Stewart au Fort, Île Ste-Hélène, 970-1114-1