Les premiers Montréalistes


C'est vers 1636, dans la petite ville de La Flèche en France, qu'une idée commence à germer dans l'esprit d'un dévot du nom de Jérôme Le Royer, sieur de La Dauversière, modeste percepteur d'impôts. Il souhaite fonder une ville mystique et religieuse en terre d'Amérique, une petite communauté où Français et Amérindiens vivraient en harmonie dans la foi chrétienne.

Le projet fait tranquillement son chemin, mais ne prend forme en 1639 avec la création de la société Notre-Dame de Montréal" pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France ". Des membres très influents, comme Jean-Jacques Olier, réussissent à amasser assez de fonds pour acheter en 1640 de Jean de Lauson l'île de Montréal. Ils engagent ensuite un chef pour leur entreprise : Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, militaire retiré du service actif et dévot. Peu de temps après, Jeanne Mance se joint à eux à titre d'économe et infirmière dont l'intention première est de mettre sur pied un hôpital.

En 1641, on lève enfin les voiles, la tête remplie des rêves les plus fous. Personne ne connaît vraiment les lieux géographiques ni l'emplacement de l'île et pourtant chacun a la certitude que la foi peut vaincre tous les obstacles. Le projet ressemble à celui des Jésuites, puisqu'il consiste à convertir et à sédentariser les " Sauvages " pour les unir aux Français dans la religion chrétienne. Chomedey de Maisonneuve prend officiellement possession de Montréal le 15 octobre. La saison étant trop avancée pour s'y installer, il se résout à passer l'hiver à Québec où on insiste pour qu'il s'établisse à l'île d'Orléans, lui expliquant que Montréal est beaucoup trop exposée aux attaques iroquoises, mais rien n'y fait.

Au printemps de 1642, pendant que les membres de la société Notre-Dame se réunissent à Paris pour consacrer l'île à la Vierge Marie, Maisonneuve commence les travaux de constructions et de fortifications. À la tombée de la première neige, Montréal compte déjà une palissade, un bâtiment temporaire pour Jeanne Mance et le gouverneur ainsi que quatre maisonnettes où s'entassent les colons.

Le premier hiver se déroule bien malgré la crainte d'une inondation. Lamenace est tellement sérieuse que le sieur de Maisonneuve promet de planter une croix sur le Mont-Royal s'il est épargné des eaux. Puis au printemps, on construit des demeures plus confortables pour les colons. Peu à peu, la ville se développe et quelques Algonquins se réfugient à l'intérieur de la palissade. Bientôt ils sont plus nombreux qu'à Sillery. Ce succès du début attise d'ailleurs la jalousie des Jésuites qui accusent les Montréalistes de se mêler des relations diplomatiques avec les autochtones et de compliquer les activités de traite.

C'est à l'été 1643 que les Iroquois se rendent compte de la présence des Français sur l'île de Montréal et qu'ils commencent une série d'embuscades qui sèment la terreur dans la ville. Mais les Montréalistes sont courageux et ne plient pas bagages. Ils ont la foi et sont décidés à mener à bien leur mission coûte que coûte.

En 1645, on érige l'hôpital de Jeanne Mance, l'Hôtel-Dieu, à proximité du fort, sur un terrain élevé. Il est en pierre et contient une petite chapelle. Au fil des ans, l'établissement prend de l'ampleur, un puits est creusé et on bâtit une chapelle plus grande qui devient l'église paroissiale. Marguerite Bourgeois , quant à elle, réussit enfin en 1658, après cinq ans dans la colonie à ouvrir sa première école dans une étable et à y accueillir ses premiers élèves.

Ainsi la petite colonie agricole prend-t-elle son essor, mais le projet d'inclure les Indigènes n'a pas le succès escompté. Si les Amérindiens viennent séjourner quelque temps à Montréal, aucun ne s'y installe définitivement. En 1663, la société de Notre-Dame se dissout et une nouvelle génération se met en place. Le rêve créer en milieu éloigné l'idéal de la société chrétienne d'origine n'est plus qu'un vieux souvenir.

Bibliographie :
Brault, Jean-Rémi, Les Origines de Montréal, Actes du colloque organisé par la Société historique de Montréal (mai 1992), Ottawa, Leméac 1993.
Lanctot, Gustave, Montréal sous Maisonneuve, Librairie Beauchemin, Montréal 1966.
Robert, Jean-Claude, Atlas historique de Montréal, Art Global et Libre Expression, Montréal, 1994.
Trudel, Marcel, Montréal, la formation d'une société 1642-1663, " Coll. Fleur de Lys ", Éditions Fides, Montréal, 1976.

Illustrations :

  • Jérôme le Royer de la Dauversière, Huile sur toile, France, Soeur Adèle Joséphine Grosjean, 1836, Collection des RPSJM, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal, 986X122
  • Vitraux de l'église Notre-Dame, La Fabrique de la Paroisse Notre-Dame de Montréal