Les forts de Richelieu

Fort de ville MarieAu début des années 1660, les Iroquois mènent une guérilla contre les Français et leurs alliés. La tension est à son comble, surtout à Montréal où les habitants ne sortent pas de la ville fortifiée sans leur fusil. Craignant que cette situation nuise à la traite des fourrures, le roi Louis XIV envoie ses troupes dans la petite colonie d'Amérique du Nord. Il est décidé à mater les Iroquois une fois pour toutes !

En 1665, le régiment de Carignan-Salières, composé de 1200 officiers et soldats, débarque en Nouvelle-France. Il est bien accueilli par la population qui se voit déjà débarrassée de ses ennemis. Le gouverneur Rémy de Courcelle veut d'ailleurs engager le combat sur-le-champ, mais le marquis de Tracy opte pour une autre stratégie : empêcher les Iroquois d'accéder au fleuve Saint-Laurent en leur bloquant l'accès à la vallée du Richelieu.

On s'entend donc pour construire des forts le long du Richelieu. En plus de couper la voie de commerce et d'invasion des Iroquois, les forts serviront de bases de campement et de dépôts de munitions pour les expéditions offensives tout en empêchant les Anglais de s'établir sur le territoire.

Le capitaine Jacques de Chambly est chargé de l'édification du premier fort. Le 23 juillet 1665, il quitte Québec avec quatre compagnies (environ 200 hommes) et s'installe sur la rive gauche du Richelieu, au pied des rapides. On déboise d'abord un périmètre assez vaste pour éviter que l'ennemi ne se cache à proximité, puis on monte la palissade de pieux qui renferme des bâtiments de bois, une maison et des huttes pour les soldats. On termine le tout le jour de la fête de Saint-Louis d'où le nom de ce fort qu'on appelle aussi Richelieu.

vue aérienne d'un forrt

Un mois plus tard, le 23 août, le capitaine de Saurel va ériger un deuxième fort. Le marquis de Tracy lui ordonne de le construire à l'embouchure de la rivière, à l'emplacement de l'ancien fort Richelieu, incendié par les Iroquois en 1647. Une fois le fort achevé, on le baptise Saurel en l'honneur de son commandant.

La construction du troisième fort est confiée au marquis de Salières qui part du fort Saint-Louis vers la fin septembre et navigue sur le Richelieu pendant environ 12 kilomètres avant d'atteindre le lac Champlain. Là, il observe les alentours et le 1er octobre, détermine le site du fort. Le lendemain, on commence la palissade. Mais les travaux ne sont pas faciles. On manque d'outils et d'expérience. En plus, l'automne est froid et pluvieux. Les hommes ne sont pas bien vêtus. Ils sont trempés jusqu'aux os et ne tardent pas à s'enrhumer. Et pourtant, les travaux vont bon train. Malgré le froid, la pluie et la maladie, le fort est terminé trois semaines plus tard, le jour de la Sainte-Thérèse d'où le nom qu'on lui donne. Satisfait, le marquis de Salières fait ouvrir un sentier jusqu'au fort Saint-Louis et le 26 octobre remet le fort aux mains au lieutenant colonel Du Prat.

Le quatrième fort est construit l'année suivante, sur la rive gauche du Richelieu, à la tête des rapides Saint-Jean. C'est probablement le capitaine Alexandre Berthier qui est responsable de son édification. Les travaux se terminent le 15 août 1666, à la fête de l'Assomption, mais le fort est surtout appelé Saint-Jean Baptiste en l'honneur du ministre de la marine et des Rémy  de Courcellecolonies, Jean-Baptiste Colbert.

Une fois les forts terminés, le gouverneur Rémy de Courcelle entreprend une expédition contre les Iroquois en plein hiver. Le marquis de Salières proteste en vain. Le 6 janvier 1666, il doit exécuter les ordres. Les soldats voyagent dans de terribles conditions. Ils n'ont ni raquettes, ni vêtements chauds et très peu de provisions. Le gouverneur se rend compte que l'hiver est pire encore que l'Iroquois. On estime que cette expédition a fait entre 60 et 400 morts.

 

Bibliograhie:

  • Chartrand, René, Le patrimoine militaire canadien d'hier à aujourd'hui. Tome1. 1000-1754, Art Global, Montréal, 1993
  • Gélinas, Cyrille, Le rôle du fort de Chambly dans le développement de la Nouvelle-France de 1665 à 1760, Parcs Canada, Approvisionnement et Services Canada, 1983.
  • http://cf.geocities.com/regiment_carignan/historique/forts.html

Illustrations:

  • Ville-Marie, Musée Stewart au Fort, Île Ste-Hélène, 970.3160.1
  • Fort des Iroquois, Gravure dans " Oeuvres de Champlain ", Bibliothèque nationale du Québec
  • Rémy de Courcelles, Archives nationales du Canada, C-010604