Les soldats du régiment Carignan-Salières et leur descendance

 

En 1665, le roi Louis XIV, bien décidé à mater l'Iroquois, envoie le régiment de Carignan-Salières en Nouvelle-France. Si au départ certains officiers hésitent à participer à cette mission, le roi ne tarde à établir une règle très claire : qui refuse de s'embarquer pour la colonie d'Amérique du Nord, perd son poste dans l'armée royale.

Les capitaines n'ont pas le choix et reçoivent des gratifications pour compléter leurs compagnies. Ils doivent recruter des hommes, les habiller, les nourrir et les armer. Mais les soldats sont rares. La majorité de ceux qui s'enrôlent le font surtout pour échapper à une situation économique désastreuse. Les nouvelles recrues se rendent à pied de diverses régions de France jusqu'au port de La Rochelle et une fois que les compagnies sont complètes, le régiment prend le large.

L'âge moyen des soldats est d'environ 25 ans ; ils sont de diverses origines. Beaucoup viennent d'Italie, d'Irlande, de Suisse, de Wallonie, mais la plupart sont de Paris, du sud de la Loire, des provinces du sud-ouest et du Poitou. Ils débarquent en Nouvelle-France par convois successifs entre la mi-juin et la mi-septembre 1665. Tous ne devaient rester dans la colonie que 18 mois et pourtant plusieurs s'y installent définitivement.

Lorsque la paix avec les Iroquois est signée en 1667, le roi incite les soldats et les officiers à demeurer en Nouvelle-France. Sur le coup, l'idée ne plaît pas tellement. Mais les conditions sont alléchantes et le projet finit par remporter un certain succès. Les officiers ont droit à une seigneurie tandis que les soldats reçoivent une terre et 50 livres ou 100 livres s'ils préfèrent ne pas avoir de terre. Il faut dire qu'à l'époque 100 livres est une somme considérable avec laquelle on vit très bien pendant au moins un an.

L'offre est exceptionnelle ! Aucun soldat ne retrouvera une telle opportunité en France. Il n'est donc pas étonnant que le tiers de la troupe décide de rester. Des officiers comme Saurel, Contrecoeur, Berthier, Chambly, St-Ours ou Varennes reçoivent des seigneuries sur les rives du Richelieu ou du Saint-Laurent, puis encouragent leurs soldats à venir y défricher les terres. La population qui se regroupe en cette région est essentiellement militaire. Elle fonde la milice de Chambly en 1669, assurant ainsi la défense de la colonie.

La majorité des 403 soldats et officiers qui acceptent de s'établir au pays se marient et ont une descendance très importante. Les conditions de vie sont bonnes en Nouvelle-France et la mortalité infantile est assez faible. La population croît très vite, les noms des colons issus du régiment se répandent et se multiplient à travers le temps. On les retrouve encore parmi nous aujourd'hui.

Des noms comme Jolicoeur, Tranchemontagne, Boulanger ou Larose sont ceux des soldats du régiment. Si un soldat, par exemple, est un beau parleur, on l'appelle Jolicœur ; s'il est batailleur, c'est Tranchemontagne, s'il est boulanger de métier, c'est Boulanger, s'il est tambour, c'est Larose et ainsi de suite. Les Québécois auraient presque tous au moins un ancêtre issu du régiment de Carignan-Salières.

Bibliographie :


Chartrand, René, Le patrimoine militaire canadien D'hier à aujourd'hui.Tome 1 : 1000-1754, Art Global, Montréal, 1993 239 pages

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