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En 1663, le roi Louis XIV décide de prendre en main la petite colonie d'Amérique du Nord. Il constate qu'on y recense à peine de 3035 personnes alors que le nombre d'habitants se situe autour de 75000 dans les colonies anglaises. Il faut donc encourager la population à se multiplier au plus vite. Mais comment faire quand le pays compte une femme nubile pour six hommes ? La seule solution est d'inciter un grand nombre de femmes à aller s'établir en Nouvelle-France. On s'efforce donc de recruter des filles en bonne santé physique, assez robuste, pas trop rebutante et surtout en âge de procréer. On leur fournit une dot de 50 livres, on leur promet un mari et une maison, ce qui n'est pas peu pour des filles dont l'exil est le moyen d'échapper à la misère. Puis on les embarque sur un navire en partance pour le Nouveau Monde. L'arrivée d'un vaisseau est toujours un événement en Nouvelle-France et il attire encore davantage de monde quand il s'agit d'un convoi de jeunes femmes. Sur le quai, on retrouve surtout les colons célibataires venus accueillir leurs futures épouses, mais aussi des religieuses et les familles chargées de les héberger. Dès les premières semaines, les Ursulines organisent des rencontres entre les habitants célibataires et les Filles du Roi. Si un homme est attiré par une jeune femme, il demande la permission de la fréquenter et il la rencontre sous la surveillance d'un chaperon. Les fréquentations se résument souvent à quelques promenades dans la ville de Québec. Avant la demande en mariage, il est bien vu d'offrir à sa bien-aimée de petits cadeaux comme un peigne à cheveux ou un fichu. Généralement,
les hommes de la colonie préfèrent les femmes dans la vingtaine,
fortes et bien en chair, capables de travailler la terre. Les Filles du
roi, quant à elles, cherchent un bon parti, c'est-à-dire
un homme qui a déjà une petite somme d'argent, une terre
et une demeure déjà construite. L'amour es La consigne du roi étant de réduire au minimum le temps de fréquentation, les couples se marient en moyenne quatre à cinq mois après leur première rencontre. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que plusieurs filles regrettent leur choix et se désistent à la dernière minute. Les garçons qui se dérobent à leur engagement doivent, quant à eux, verser une certaine somme de dédommagement à leur promise. Ces nombreux mariages entraînent un certain brassage des groupes sociaux et permettent à un petit nombre de femmes de condition modeste de s'élever socialement. Dans près d'une union sur cinq, l'écart d'âge est supérieur à 10 ans. La majorité des mariages ont lieu l'automne, à la fin des récoltes. La cérémonie se déroule généralement le lundi ou le mardi et la fête se poursuit pendant deux ou trois jours. À cette époque, il est hors de question de se marier les vendredis et samedis, car ce sont des jours de jeûne. Une fois la célébration terminée, les femmes vont vivre sur la terre de leurs époux. Elles participent au défrichage, abattent des arbres, arrachent des souches et aident parfois à la construction de la maison. Normalement, elles sont enceintes au bout d'un mois ou deux, ce qui ne les empêche pas de continuer à soulever des pierres et à remuer la terre. Elles ne connaissent pas de répit, travaillant du matin au soir.
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