Les
Filles du roi et la traversée de l'Atlantique
Mais avant de fouler le sol de cette " terre promise ", les femmes doivent affronter les affres de l'Atlantique. Le bateau sur lequel elles s'embarquent n'est pas très grand. Il fait environ 37 à 50 mètres de long par 8 à 15 mètres de large. Généralement, il y a entre 100 et 300 passagers qui s'entassent dans l'entrepont pendant tout le voyage qui est de deux, parfois même de trois mois. L'entrepont est exigu, pas tellement plus haut qu'un mètre soixante. Les passagers ne peuvent donc pas se tenir debout, ils doivent être constamment courbés. Ils ne peuvent pas non plus se déplacer à l'aide d'une chandelle à cause des risques d'incendie et sont contraints de rester dans l'obscurité. L'endroit ne comporte presque pas d'ouvertures, l'air est vicié et la puanteur abominable. La nuit, les passagers dorment dans le froid et l'humidité, sur des hamacs qui suivent le roulis des vagues, au milieu des rats et des râles de ceux qui sont malades. La plupart
des Filles du roi, n'ayant pas le pied marin, souffrent du mal de mer.
Mais il y a aussi d'autres maladies qui se développent comme le
scorbut, la variole, la rougeole, le typhus ou la dysenterie. Elles sont
souvent dues à un manque d'hygiène. L'eau douce étant
limitée sur le navire, les passagers ne se lavent pas et la promiscuité
dans laquelle ils vivent accélère la propagation de la maladie.
Il est fréquent qu'un simple rhume se Il faut dire que l'alimentation n'aide pas à reprendre du mieux. Au départ, on a quelques poules, peut-être même un porc ou un buf, mais on doit les abattre dès la première tempête. On se nourrit ensuite à même les provisions de lard salé et de poisson fumé tout en espérant faire bonne pêche. Lorsqu'on ne peut pas avoir de viande, on mange des potages de semoule de blé, d'avoine, de pois ou de maïs. On apporte aussi un bon nombre de galettes qu'on ingurgite au bout de vingt ou trente jours même quand elles sont piquées de vers. L'eau douce, quant à elle, est contenue dans de grands barils de bois, mais au fil de la traversée elle devient brunâtre et de petites larves apparaissent à la surface. Les passagers sont obligés de la boire, quelquefois en se pinçant le nez, tellement elle sent mauvais. Pour tromper l'ennui, les matelots organisent parfois des fêtes sur le pont. Ils jouent de la musique et les Filles du roi participent à la danse. Dans la journée, les filles se promènent sur le pont, parlent entre elles, les plus instruites lisent ou écrivent. De leur côté, les hommes s'adonnent à des jeux de hasard : cartes, dés, échecs ou dames. Mais la plus grande distraction de la traversée reste sans aucun doute le baptême qui a lieu sur les Grands Bancs, dans les environs de Terre-Neuve. Les Filles du roi ne subissent probablement pas ce rite, mais la majorité des passagers qui traversent l'Atlantique pour la première fois doivent payer une obole sans quoi on les jette dans un baquet plein d'eau. Une fois arrivées à bon port, les Filles du roi éprouvent un vrai soulagement. Non seulement ont-elles enduré des conditions de vie épouvantables, mais elles ont aussi échappé à la menace des pirates maures qui sillonnent les mers du nord et détournent les navires vers les colonies espagnoles. Les icebergs constituent également un réel danger lors de la traversée de l'Atlantique Nord. C'est pourquoi les départs ont généralement lieu au printemps et au cours de l'été. Ainsi les Filles du roi débarquent-elles dans la colonie en juin, juillet, août et septembre au grand plaisir des hommes célibataires qui les attendent au port.
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