|
Les conditions de vie sont rudes en Nouvelle-France. Les maisons sont froides, humides et l'hygiène corporelle est très rudimentaire. On croit, par exemple, que la crasse protège la peau de l'enfant ou que l'urine possède des vertus curatives. Il ne faut pas s'étonner que beaucoup meurent en bas âge. Un nourrisson sur quatre ne survit pas à sa première année. Généralement, on veille à ne pas trop s'attacher à sa progéniture avant qu'il n'ait atteint ses quinze ou dix-huit mois de peur qu'il ne trépasse. On l'appelle d'ailleurs le " petit innocent " et on le considère plus comme un petit animal affamé que comme un être humain. Dès ses premiers instants, l'enfant est emmailloté. On pense ainsi pouvoir lui donner une forme, modeler son corps et son esprit. L'emmaillotage comporte plusieurs épaisseurs : des langes, une chemise, une camisole, un béguin pour la tête et pour finir des bandes qui enroulent le tout. Mais cette pratique est longue et certaines mères ne changent leurs bambins qu'une ou deux fois par jour. Il est donc souhaitable que les petits fassent leurs besoins avant l'emmaillotage et les mamans ont leur secret : poser le pied sur une pierre froide pour inciter à uriner et glisser un savon dans l'anus pour aider à déféquer. On
a très peu recours aux nourrices dans la colonie. C'est surtout
à la ville, chez l'élite sociale que l'on fait appel à
elles. Les nourrissons sont allaités par la mère jusqu'à
la percée de leurs dents.
Ensuite, Vers l'âge de six ou sept ans, le garçon vit un rituel important : il troque la robe pour la culotte. À partir de ce moment, on le juge assez grand pour aider son père aux travaux des champs. La fillette, quant à elle, continue à porter la robe et assiste sa mère aux travaux ménagers jusqu'à son mariage. Elle ne s'éloigne jamais de la maison sans la surveillance d'un membre de sa famille qui agit comme chaperon et veille sur son honneur. À
sept ans, l'enfant atteint l'âge de raison. Dans les familles plus
nobles, il ne participe pas aux Bien que projetés très tôt dans le monde adulte, les enfants reçoivent une éducation axée sur les valeurs religieuses et le respect de l'autorité, en particulier du père et du roi. Vers l'âge de 11 ou 12 ans, on les envoie au catéchisme en vue de leur première communion et de leur confirmation. Il arrive qu'on leur enseigne aussi à compter, à lire et à écrire. Les classes se déroulent en français commun. Les jeunes apprennent donc très tôt à ne pas se servir du dialecte des parents. Mais reste que ce sont surtout les enfants des groupes sociaux privilégiés qui ont y accès. À 15 ans, le jeune garçon est traité exactement comme un adulte autonome et est recensé parmi les hommes en état de prendre les armes. À 16 ans, il a l'âge légal pour se marier, mais il attend généralement d'être établi sur une terre avant de fonder une famille, ce qui se produit habituellement vers l'âge de 27 ans. De son côté, la jeune fille est autorisée à se marier dès 14 ans et pourtant la moyenne d'âge de celles qui prennent époux se situe autour de 21 ans. Une fois marié, le couple s'assure de faire prospérer la terre et d'avoir des enfants. La naissance d'un garçon est toujours souhaitée, puisqu'elle signifie des bras pour aider aux travaux de la ferme en plus d'assurer la perpétuation du nom ainsi que le confort des parents dans leurs vieux jours.
|