Le baptême et les prénoms en Nouvelle-France


L'accouchement en Nouvelle-France est une expérience difficile qui se solde souvent par le décès du nouveau-né. Bien que les risques de mortalité soient moins élevés qu'en France, il reste que un enfant sur quatre décède avant l'âge de un an et que deux enfants sur cinq n'atteignent pas l'âge de quinze ans. L'Église insiste donc pour que les nouveaux-nés se fassent baptiser le plus rapidement possible.

L'évêque de Québec somme les parents, sous peine d'excommunication, de conduire leur enfant à l'église pour recevoir le baptême dans les deux ou trois jours qui suivent la naissance, peu importe la saison. Le salut de ces petites âmes doit primer tout. La majorité des habitants suivent la consigne et 80% des baptêmes ont lieu à l'église, le premier ou le deuxième jour de la naissance.

Si, pour une raison ou une autre, on craint que le petit ne succombe dès les premiers instants, la sage-femme est autorisée à le baptiser, mais à condition qu'il n'y ait pas d'homme pour l'administrer car il est toujours préféré à la femme pour donner ce sacrement.

Le prénom est donné lors du baptême par les parents et plus rarement par le parrain et la marraine. On choisit la plupart du temps le prénom du père, de la mère ou du grand-père comme pour perpétuer l'existence de ses ancêtres. D'ailleurs, il n'est pas rare que des frères ou des soeurs aient le même prénom. Ainsi s'assure-t-on le plus possible de sa pérennité.

En Nouvelle-France, les prénoms suivent certaines exigences. Mgr de Saint-Vallier est très clair pas de surnoms comme Jeannot pour Jean, Nanon pour Anne ou Manon pour Marie-Anne ; pas non plus de prénoms païens comme Diane ou Apollon. Il faut s'inspirer de la Sainte Famille pour offrir au jeune un exemple de vie. Même des noms comme Charlotte, Ange ou Angélique sont réprouvés.

On privilégie les saints : Pierre, Jean, Jacques pour les garçons et Marie, Madeleine, Élisabeth, Marguerite, Anne pour les filles. Les prénoms féminins préférés sont en général doubles Marie-Madeleine et Marie-Anne tandis chez les garçons dominent ceux de Joseph et Jean-Baptiste. Il y a toutefois une différence entre les nobles et les paysans. Les gens de l'élite optent souvent pour Louis, en l'honneur du roi Louis XIV et pour Marie-Anne. Les paysans, quant à eux, préfèrent Jean-Baptiste et Marie-Joseph, même si la féminisation de Joseph ne plaît pas à Rome.

On constate dans le choix des prénoms en Nouvelle-France une influence marquée de la dévotion à la Sainte-Famille de même qu'une tendance à attribuer aux nouveau-nés les prénoms des parents et grands-parents, une façon de perpétuer à travers les prénoms la famille et de resserrer les liens entre les générations. Même si ce choix de prénoms est assez limité, le grand nombre de patronymes permet d'éviter la confusion.

Bibliogaphie:

  • Lachance, André, Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France. La vie quotidienne au XVIIe et XVIIIe siècles. Libre-Expression, Montréal, 2000
  • Lemieux, Denise, Les petits innocents. L'enfance en Nouvelle-France. Institut québecois de recherche sur la culture, Québec, 1985.
  • Ribordy, Geneviève, Les prénoms de nos ancêtres. Étude d'histoire sociale, Septentrion, Sillery, 1995.

Illustrations:

  • " Le nouveau-né " tableau de De la Tour, Erich Lessing / Art Resource, NY
  • " Musée de la civilisation, collection Sir "Thomas Chapais. No68-886